Les impacts négatifs

Lors de l’introduction d’une plante exotique envahissante dans une communauté végétale, de nombreuses interactions peuvent être réorganisées, ce qui peut induire une modification du fonctionnement de l’écosystème envahi et une modification de la composition des communautés végétales envahies. Néanmoins, les dysfonctionnements observés dans les écosystèmes envahis ne sont pas uniquement dus à la présence d’une ou plusieurs plantes exotiques envahissantes. Ces écosystèmes ont pu être perturbés et déstabilisés avant l’arrivée d’une ou plusieurs EVEE en raison, par exemple, des activités humaines. Les perturbations anthropiques de ces écosystèmes peuvent favoriser l’implantation d’EVEE qui profitent des niches écologiques vacantes pour s’installer et proliférer. Les études des effets induits par ces espèces sur la biodiversité et les écosystèmes doivent donc prendre en compte les connections existantes entre la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes.

Néanmoins, de nombreuses publications scientifiques ont démontré que ces EVEE peuvent représenter une menace pour la biodiversité à l’échelle mondiale puisqu’elles sont à l’origine de l’extinction de certaines espèces, particulièrement en milieux insulaires.

Qui plus est, au niveau local, suivant le milieu naturel envahi et le territoire, ces espèces peuvent homogénéiser la flore d’un écosystème envahi en provoquant une baisse de la diversité spécifique en espèces indigènes. En région méditerranéenne, les introductions et les invasions de végétaux exotiques s’avèrent relativement importantes et anciennes, surtout au niveau des nombreuses îles qui parsèment cette mer, véritables laboratoires naturels de l’évolution. Ces systèmes insulaires méditerranéens, caractérisés par une richesse de taxons endémiques importante, s’avèrent être plus vulnérables que les systèmes continentaux, comme dans d’autres régions insulaires du monde. De plus, les perturbations anthropiques sont relativement fréquentes et intenses dans les systèmes insulaires méditerranéens ce qui peut favoriser l’invasion de nombreux végétaux exotiques.

Les principaux types d’impacts négatifs sur la biodiversité et l’environnement recensés dans la bibliographie scientifique sont :

  • la compétition avec les espèces indigènes et perte de biodiversité : banalisation de la flore, uniformisation des habitats naturels, menace pour les biotopes exceptionnels, pour la biodiversité et les espèces rares (particulièrement dans les systèmes insulaires) ;

  • la modification de la structure, de la composition et du fonctionnement des écosystèmes et plus particulièrement des cycles biogéochimiques ;

  • la pollution génétique.

Ces constats constituent les principaux arguments des organismes agissant en faveur de la biodiversité pour convaincre les politiques publiques de mettre en place et en œuvre des stratégies et des plans d’actions afin de stopper l’introduction et lutter ou gérer ces espèces.

D’autres types d’impacts négatifs existent. Actuellement en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’ambroisie à feuilles d’armoise cause de réels impacts négatifs sur la santé humaine en provoquant des allergies, des rhinites et autres maladies respiratoires et de la peau (ex : eczéma). La berce du Caucase peut provoquer de graves brûlures cutanées mais cette espèce est encore peu présente en région PACA et fait actuellement l’objet d’un programme pluriannuel de lutte (CG06, PNR du Verdon, PNR des Préalpes-d’Azur, CEN PACA, CBNMed, ONF et acteurs locaux). Certaines forment des peuplements denses, d’arbres ou d’arbustes exotiques envahissants le long des routes et le long des glissières de sécurité et bordures d’autoroutes pouvant gêner la visibilité des usagers et ainsi provoquer des accidents. D’autres espèces hautement inflammables peuvent provoquer de graves incendies et être à l’origine du décès de sapeurs pompiers (ex : mimosa d’hiver et herbe de la Pampa).

Les impacts sur l’économie comprennent les coûts de gestion des EVEE (prévention et suivi, lutte, traitements des déchets verts, restauration des milieux gérés et suivi sur plusieurs années) et les coûts des dommages induits par les EVEE (problèmes de santé publique, diminution des rendements agricoles, diminution de la valeur des fourrages, toxicité de certaines plantes pour les animaux d’élevage, utilisation accrue d’herbicides et de pesticides, pertes sylvicoles, détérioration des infrastructures humaines, nuisances sur certaines activités humaines et sur le paysage). Selon la Commission européenne, le coût annuel des dommages causés aux Etats membres par les espèces exotiques envahissantes s’élève à 12 milliards d’euros.

N. B. : Ces nuisances ne sont pas généralisables à toutes les EVEE et à tous les milieux envahis.