Espèces végétales exotiques envahissantes

Ailanthus altissima (Mill.) Swingle, 1916
Nom(s) vernaculaire(s)Faux vernis du Japon, Ailante glanduleux, Ailante, Ailanthe
FamilleSimaroubaceae
OrigineAsie
Date d’introduction1786
Statut PACAMajeure
Statut LRMajeure
Statut domaine méditerranéenMajeure
Statut domaine alpinMajeure

Molina James - 18/06/2004 (Cliquer pour zoomer)
Carte de répartition (par maille de 10*10km)

Description

  • Port : arboré. Houppier en boule. Feuillage caduc. Tronc droit à écorce grise et lisse.

  • Feuilles : alternes, de 45 à 60 cm, imparipennées, composées de 6 à 12 paires de folioles lancéolées de 7 à 12 cm chacune. Folioles dont la base est tronquée, munies de 1 à 4 dents se terminant par une glande noire mellifère. Face supérieure vert-foncé, face inférieure plus claire, pubescente et glanduleuse. Feuilles froissées ayant une odeur désagréable.

  • Fleurs : regroupées en inflorescences terminales de 10 à 20 cm de long, de forme pyramidale. Fleurs de petite taille (diamètre de 5 à 7 mm), de couleur jaune-verdâtre. Individus mâles et femelles distincts (plante dioïque). Les fleurs des pieds mâles sont 3 à 4 fois plus abondantes et ont une odeur déplaisante. Floraison de mai à juillet.

  • Fruits : samares ailées de 3 à 4 cm de long, rougeâtres, contenant 1 graine en leur centre. Apparition des fruits de septembre à novembre restant généralement sur l’arbre tout l’hiver.

  • Taille : jusqu’à 30 m.

  • Confusions possibles : avec Rhus spp., (Anacardiacées), les sumacs (Rhus typhina L. originaire d’Amérique du Nord, Rhus coriaria L. originaire du sud de la Méditerranée), dont les feuilles sont semblables à celles de l’Ailante. Leurs fruits sont de petites baies poilues.



Biologie et écologie
Milieux : berges et ripisylves ; prairies, pelouses sèches et garrigues ; forêts ; dunes côtières et plages de sable ; milieux anthropiques.

Reproduction sexuée et végétative.
Dissémination des graines par : anémochorie ; hydrochorie.
Multiplication végétative par : drageonnement (rejets de souche) ; bouturage.

Les fleurs d’Ailante sont pollinisées par le vent. Les nombreuses graines ailées produites (300 000 graines par arbre et par an) sont disséminées par le vent ou l’eau et germent très facilement. Cet arbre a une grande vitesse de croissance (jusqu’à 1,5 m par saison) et forme un tapis racinaire dense (dès 3 mois pour un jeune plant). Il produit de nombreux drageons et rejette de souche, notamment quand la plante est stressée (taille, blessure, coupe,…). Chaque fragment de racine peut donner naissance à un nouvel individu.



Impacts et aspects positifs

D'après la bibliographie : L'ailante inhibe le développement des autres espèces par l'émission de substances allélopathiques (De Feo et al., 2003 ; Vilà et al., 2006). Il crée des formations monospécifiques et uniformise les paysages. L'ailante augmente la disponibilité en éléments nutritifs (calcium, potassium, azote) et les vitesses de recyclage de l’azote dans le sol de surface, probablement en raison de la concentration en éléments nutritifs extraordinairement élevée dans la litière de feuilles d’ailante (jusqu'à quatre fois plus élevé que dans les espèces d'arbres indigènes) (Gómez-Aparicio & Canham, 2008). Elle modifie les cycles du Carbone (C) et de l’Azote (N) ainsi que le rapport C/N dans le sol. Ces modifications sont dues aux extraits acides libérés au niveau des racines de l’arbre (Vilà et al., 2006).


En région PACA : Certains milieux méditerranéens fragiles comme les pelouses sèches, les dunes et les ripisylves sont fortement impactés par la présence de l'ailante.


D'après la bibliographie : La toxine produite dans l’écorce et les feuilles est allergisante et peut provoquer, au toucher, des irritations cutanées (AME & CBNMed, 2003).


D'après la bibliographie : Son puissant système racinaire et sa grande faculté de drageonner occasionnent des dommages sur les fondations, les bouches d’égout, les trottoirs et les places. L'ailante n'est plus planté en milieu urbain pour cette raison et du fait de son odeur désagréable. L’ailante peut donner mauvais goût au miel fabriqué par les abeilles qui le butinent.


En région PACA : L'ailante pose des problèmes de sécurité en gênant la visibilité routière.


D'après la bibliographie : Cette espèce était autrefois utilisée pour ses qualités ornementales comme arbre à croissance rapide pour réaliser des alignements dans les avenues et lutter contre l'érosion. Très tolérante aux conditions urbaines, elle supporte les sols très pollués. Au XIXe, elle a été utilisée pour élever un ver à soie (Samia cynthia) (EPPO, 2004 ; Fried, 2012 ; AME & CBNMed, 2003).


En région PACA : Les qualités paysagères pour les jardins et les espaces verts sont considérées comme faibles (Filippi & Aronson 2010).


En région LR : Les qualités paysagères pour les jardins et les espaces verts sont considérées comme faibles (Filippi & Aronson 2010).



Gestion

Carte des actions réalisées sur 'Ailanthus altissima (Mill.) Swingle, 1916'
3 retour(s) sur invmed.

Éviter de planter cette espèce.

Éviter de laisser le sol à nu dans les terrains envahis par l'ailante et semer des espèces indigènes couvrantes adaptées au milieu.

Il est nécessaire de cibler prioritairement les pieds femelles les plus âgés pour diminuer la production de graines. A minima, tailler les arbres adultes une à deux fois par an avant fructification pour éviter la dispersion de l'espèce.

L'arrachage manuel peut être préconisé pour les jeunes plantules et les plants inférieurs à 60 cm, avant la mise en place de la racine pivot. Cette méthode devient rapidement inefficace une fois que les plants ont développé leur système racinaire (Kowarick & Saumel, 2007). Attention à bien prélever l'ensemble de l'appareil racinaire pour éviter la repousse. L'arrachage est facilité s'il est effectué après une période de pluie, de préférence en juin.


Le cerclage de la tige (ou annelage) pour les arbres adultes est une technique alternative à la coupe. Elle consiste à entailler et écorcer l'arbre jusqu’au cambium, sur 3 à 5 cm de large, sur les 9/10ème de la circonférence de l’arbre la première année pour limiter les rejets. Elle doit se faire nécessairement à la base du tronc, au niveau du collet. La deuxième année, le cerclage peut être effectué sur toute la circonférence de l'arbre. Attention aux chutes possibles des arbres après l’opération. Après le cerclage des arbres adultes, couper ou faucher les nombreux rejets.

Les coupes répétées et le fauchage sont des méthodes de gestion qui pourraient avoir une bonne efficacité contre les colonisations précoces de jeunes plants.

Les coupes répétées peuvent être effectuées avant fructification sur les arbres adultes, mais cette méthode est efficace seulement si l’opération est réitérée et si elle est suivie par un épandage de produits chimiques (Meloche & Murphy, 2006 ; DiTomaso & Kyser, 2007).


Attention, l’utilisation d’herbicides est interdite à moins de 5 m d’un cours d’eau ou d’une zone de captage. Ces méthodes de lutte chimique ayant des impacts négatifs sur l’environnement et la santé humaine, il est indispensable de privilégier les méthodes alternatives. Le cerclage s'avère efficace.

Il existe plusieurs techniques de lutte chimique contre les ailantes, dont certaines intervenant après un traitement mécanique et ayant pour but de réduire au maximum les rejets survenant après l'abattage des arbres. La technique la plus efficace semble être le badigeonnage de la souche avec un mélange herbicide/huile dans les 5 à 15 minutes suivant l'abattage de l'arbre (Meloche & Murphy, 2006 ; Constan-Nava et al., 2010). Cette opération peut se réaliser de mai à septembre.


Un reboisement est nécessaire après intervention. Il est indispensable de semer des espèces indigènes couvrantes après intervention afin de concurrencer les semis et rejets de l'ailante (Office National des Forêts, 2007).

L’Ailante a été identifiée comme espèce cible pour la lutte biologique classique en Europe (Sheppard et al., 2006). Des études ont été conduites en Chine pour définir des agents de lutte biologiques. Un approfondissement est actuellement en cours sur certains agents présélectionnés. Le charançon Eucryptorhynchus brandti  (Ding et al., 2006 ; Kok et al., 2008 ; Herrick et al., 2012) et le champignon Verticillium albo-atrum (Schall & Davis., 2009 ; Harris et al., 2013) sont pressentis comme agents de lutte biologique.


Les traitements par le feu ne sont pas recommandés car ils favorisent la repousse. La technique du brûlis à l'échelle de la parcelle n'est pas du tout souhaitable (Collin & Dumas, 2009).

Le pâturage peut être observé ponctuellement, mais il ne peut pas constituer un véritable moyen de lutte car l'appétence de l'ailante n'est pas bonne pour les ongulés (Collin & Dumas, 2009).

Les coupes d'arbres adultes, même répétées, ne sont pas efficaces voire contre-productives si elles ne sont pas suivies d'un traitement chimique.


Tous les rémanents doivent être évacués avec précaution (bennes servant au transport bâchées).

L'élimination des déchets peut se faire par incinération ou par compostage professionnel avec méthanisation.


Il est recommandé de porter des protections, la sève de l'arbre pouvant provoquer des réactions cutanées. Le pollen peut également se révéler allergène.

Les engins et outils doivent faire l'objet d'un nettoyage avant de traiter la zone pour ne pas importer de nouvelles graines d'espèces exotiques et après les travaux pour ne pas les introduire vers d'autres lieux lors de futurs travaux.


Espèce soumise à règlementation agricole: Arrêté du 13 juillet 2010 relatif aux règles de bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE).

Les traitements chimiques sont inappropriés dans des sites naturels protégés ou près des cours d'eau. Il est nécessaire de se tenir au courant de la législation en vigueur en matière d'utilisation des produits phytosanitaires : http://e-phy.agriculture.gouv.fr/



Sources bibliographiques

AME & CBNMed, 2003. Plantes Envahissantes de la Région Méditerranéenne. Agence méditerranéenne de l'environnement. Agence régionale pour l'environnement PACA. 48 p.

Collin, P. & Dumas, Y. 2009. Que savons nous de l'Ailante (Ailanthus altissima (Miller) Swingle)) ?. Revue Forestière Française, 61: 117-130.

Constán-Nava, S., Bonet, A., Pastor, E., & Lledó, M. J. 2010. Long-term control of the invasive tree Ailanthus altissima: Insights from Mediterranean protected forests. Forest Ecology and Management, 260(6), 1058-1064.

De Feo, V., De Martino, L., Quaranta, E. & Pizza, C. 2003. Isolation of phytotoxic compounds from tree-of- heaven (Ailanthus altissima swingle). J. Agric. Food Chem., 26;51(5): 1177-1180.

DGE_BIODIV. 2013. Gestion des plantes exotiques envahissantes dans le canton de Vaud - Fiche Ailanthus altissima. Publication de la Direction générale de l'environnement du canton de Vaud, Suisse, 10 pp.

EPPO, 2004. EPPO data sheet on Invasive Plants - Ailanthus altissima. EPPO, 7p.

FCBN, 2010. Ailanthus altissima L. Fédération des Conservatoires Botanique Nationaux. 5 p.

Fédération Nationale des Travaux Publics, MNHN, GRDF et ENGIE Lab CRIGEN. 2016. Guide d’identification et de gestion des Espèces Végétales Exotiques Envahissantes sur les chantiers de Travaux Publics. Stratégie nationale pour la biodiversité. 44 p.

Filippi, O., Aronson, J. 2010. Plantes invasives en région méditerranéenne : quelles restrictions d'utilisation préconiser pour les jardins et les espaces verts ? Ecologia Mediterranea 36 (2): 31-54.

Fried, G. 2012. Guide des plantes invasives. Belin, Paris. 272 p.

Gómez-Aparicio, L. & Canham C. D. 2008. Neighborhood models of the effects of invasive tree species on ecosystem processes. Ecological Monographs, 78(1): 69-86.

Harris, P. T., Cannon, G. H., Smith, N. E., & Muth, N. Z. 2013. Assessment of plant community restoration following Tree-of-Heaven (Ailanthus altissima) control by Verticillium albo-atrum. Biological invasions, 15(9): 1887-1893.

Herrick, N. J., McAvoy, T. J., Snyder, A. L., Salom, S. M., & Kok, L. T. 2012. Host-range testing of Eucryptorrhynchus brandti (Coleoptera: Curculionidae), a candidate for biological control of tree-of-heaven, Ailanthus altissima. Environmental entomology, 41(1): 118-124.

Kok, L. T., Salom, S. M., Yan, S., Herrick, N. J., & McAvoy, T. J. 2008. Quarantine evaluation of Eucryptorrhynchus brandti (Harold) (Coleoptera: Curculionidae), a potential biological control agent of tree of heaven, Ailanthus altissima. In Proceedings of the XII International Symposium on Biological Control of Weeds. CAB International, Wallingford, UK, pp. 292-300.

Kowarik, I. & Säumel, I. 2007. Biological flora of Central Europe: Ailanthus altissima (Mill.) Swingle. Perspectives in Plant Ecology, Evolution and Systematics, 8: 207-237.

Meloche, C. and Murphy, S. D. 2006. Managing Tree-of-Heaven (Ailanthus altissima) in Parks and Protected Areas: A Case Study of Rondeau Provincial Park (Ontario, Canada). Environmental Management, 37: 764-772.

ONF, 2007. Document d'objectifs du site Natura 2000 FR9301518 - Gorges de la Méouge. Rapport de l'Office National des Forêts, Agence Départementale des Hautes-Alpes, 138 pp.

Schall, M. J., & Davis, D. D. 2009. Ailanthus altissima wilt and mortality: etiology. Plant disease, 93(7): 747-751.

Sheppard, A. W., Shaw, R. H. and Sforza, R. 2006. Top 20 environmental weeds for classical biological control in Europe: a review of opportunities, regulations and other barriers to adoption. Weed Research, 46: 93-117.

ICN France, 2015. Les espèces exotiques envahissantes sur les sites d’entreprises. Livret 2 : Identifier et gérer les principales espèces, Paris, France, 96 pages.

Vila, M., Tessier, M., Suehs, C.M., Brundu, G., Carta, L., Galanidis, A., Lambdon, P., Manca, M., Médail, F., Moragues, E., Traveset, A., Troumbis, A.Y. & Hulme, P. (2006). Local and regional assessments of the impacts of plant invaders on vegetation structure and soil properties of Mediterranean islands. J. Biogeogr., 33: 853-861.



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Dernière modification le 01/03/2018