Espèces végétales exotiques envahissantes

Baccharis halimifolia L., 1753
Nom(s) vernaculaire(s)Séneçon en arbre, Baccharis à feuilles d'Halimione
FamilleAsteraceae
OrigineAmérique du nord
Date d’introduction1683
Statut PACAMajeure
Statut LREmergente
Statut domaine méditerranéenMajeure
Statut domaine alpinAbsente

Vincent-Carrefour Jacques - (Cliquer pour zoomer)
Carte de répartition (par maille de 10*10km)

Description

  • Port : arbuste dioïque glabre à port arrondi et au feuillage argenté semi-persistant.

  • Feuille : feuilles alternes simples vert terne, dont la moitié supérieure est pourvue de grosses dents. Au niveau des inflorescences les feuilles sont étroites et entières. Elles font de 2 à 7 cm de long et de 1 à 5 cm de large.

  • Tige : tige dressée très ramifiée et glabre.

  • Fleur : arbre dioïque. Les fleurs sont petites, regroupées en longs capitules de fleurs tubulées. Les fleurs femelles sont blanchâtre, les mâles jaunâtre. Floraison de juillet à septembre.

  • Fruit : akène plumeux à aigrette de 8 à 12 mm. Fructification de septembre à décembre.

  • Taille : peut atteindre 4 m de haut.

  • Confusions possibles : avec l'arbousier (Arbutus unedo) et le nerprun (Rhamnus alaternus), qui ont des feuilles finement denticulées.



Biologie et écologie
Milieux : berges et ripisylves ; marais, tourbières, tufières ; prairies humides ; dunes côtières et plages de sable ; milieux anthropiques.

Reproduction sexuée et végétative.
Dissémination des graines par : anémochorie ; hydrochorie.
Multiplication végétative par : drageonnement (rejets de souche).

Les fleurs sont pollinisées par le vent. Les arbustes sont capables de fructifier dès l’âge de 2 ans. Chaque individu produit entre 10 000 et 1,5 million de graines ailés qui peuvent être dispersées sur de longues distances par le vent. Les graines sont capables de germer très rapidement, dès qu’elles rencontrent des conditions favorables. Elles ont une durée de vie de 5 ans environ. La croissance du séneçon en arbre est rapide (habituellement de 1 à 4 m par an). Après une coupe, il rejette de souche. La reprise peut se faire de façon presque instantanée par drageonnage.



Impacts et aspects positifs

D'après la bibliographie : Le séneçon en arbre forme des massifs denses monospécifiques et persistants (chaque arbuste vit plusieurs dizaines d'années) dans les zones humides (marais, prés salés, prairies humides, bords de cours d'eau), les dunes ou les friches envahies. En bloquant l'accès à la lumière, il conduit à la régression des espèces herbacées. Il modifie ainsi la structure et la physionomie de la végétation (Campos et al., 2004 ; Muller, 2004 ; OEPP, 2013 ; Fried et al., 2016). Le séneçon en arbre pourrait avoir un impact sur les communautés d'oiseaux en réduisant l’attractivité pour la nidification et l'alimentation. Ainsi, il est suspecté de menacer la rousserole turdoïde (espèce catégorisée vulnérable sur la liste trouge de l'IUCN) (Fried et al., 2016).


En région PACA : Impact fort dans les zones humides, les prés salés, les praires humides, bords de cours d'eau, et friches. En Camargue (Bouches-du-Rhône), cette espèce est très dynamique. Elle y est présente dans les jonchaies, les roselières, les friches, les canaux et les bords de route et tend à remplacer le roseau dans les roselières (Charpentier et al., 2006). Dans cette zone, elle est envahissante dans des marais à Cladium mariscus, Juncus maritimus et Limonium vulgare (SILENE-Flore).


En région LR : Le séneçon en arbre induit une diminution de la richesse spécifique et un changement dans la composition spécifique des communautés envahies. L'impact est davantage prononcé dans les praires humides. Dans les marais salants, il modifie les successions naturelles par l'ajout d'une strate de végétation (Fried et al., 2014).


En région PACA : L'espèce s'installe dans des zones favorables aux développement larvaires des moustiques. Ces fourrés denses protègent les larves des insecticides répandus (Fried et al., 2016). La production importante de graines pourrait impliquer une aggravation du rhume des foins (fruits plumeux) (OEPP, 2013).


D'après la bibliographie : Le séneçon en arbre a un impact sur la sécurité humaine par augmentation du risque incendie (il possède une résine inflammable). Cette espèce diminue la productivité des pâturages. Baccharis halimifolia peut ralentir la production de sel, limiter l'accès aux zones de production et altérer la qualité du sel (par la présence de graines) (Muller, 2004 ; Fried et al., 2016). Elle augmente le coût d'entretien des friches envahies, gêne les activités touristiques et les activités sociaux-économiques liées à ces écosystèmes (Charpentier et al., 2006). Elle gêne aussi le travail des sagneurs (ou coupeurs de roseaux), car les troncs endommagent les machines, et elle tend à remplacer le roseau (Riou, 2006).


D'après la bibliographie : Baccahris halimifolia a été cultivé et planté pour ses qualités ornementales. Il était particulièrement apprécié pour sa résistance au sel et aux maladies et sa croissance rapide. Il a été utilisé comme brise-vent­, et souvent planté sur les bordures de route et les aménagements urbains (FCBN, 2009).


En région PACA : C'est une espèce cultivée et plantée en région pour ses qualités esthétiques et paysagères (Filippi & Aronson 2010).


En région LR : C'est une espèce cultivée et plantée en région pour ses qualités esthétiques et paysagères (Filippi & Aronson 2010).



Gestion

Carte des actions réalisées sur 'Baccharis halimifolia L., 1753'
2 retour(s) sur invmed.

Éviter de planter Baccharis halimifolia, en particulier sur le littoral.

L'arrachage manuel est une méthode efficace à appliquer sur les jeunes pieds (moins de 3 ans, < 50 cm), sur des stations nouvelles ou encore peu étendues. La période d’intervention est choisie en fin d’été car les jeunes plants bien verts contrastent alors avec la végétation jaunie et sont aisément repérables. Pour les individus qui seraient en capacité de produire des graines, agir avant la floraison. Il faut vérifier à bien enlever le système racinaire afin d’éviter le rejet. Les gros pieds isolés peuvent également être déracinés manuellement (à la pioche) (Desmot & Gendre, 2007). Des passages ultérieurs pour enlever les repousses sont nécessaires.


Lorsque l'arrachage n'est pas possible, la taille régulière des arbres avant la floraison peut être une mesure préventive pour limiter la dissémination des graines.

L’arrachage et la coupe à moins de 10 cm du sol réduisent sa propagation. En raison des rejets de souche et des semences contenues dans le sol, cette opération doit être répétée plusieurs fois en prenant soin de ne pas fractionner les racines. Cette technique doit être suivie d’un entretien par la fauche (AME, 2003). Elle peut être associée au traitement chimique des feuilles ou des souches. 

A noter que le site Natura 2000 des dunes littorales landaises a conçu un levier permettant l'arrachage des pieds de Baccharis halimifolia (jusqu'à 5 cm de diamètre) avec le système racinaire quasi complet, moins pénible à mettre en œuvre qu'un arrachage manuel (Granereau, 2014). Le Collectif Anti-baccharis a développé et utilise un outil similaire, le "baccharrache". Le guide de fabrication est disponible sur leur site internet.

Le dessouchage des individus adultes peut également être envisagé mais provoque des perturbations relativement importantes au niveau du sol. Un suivi des germination et des actions de restauration sont alors nécessaires après ce type d'intervention (Gobierno Vasco, 2014).


La lutte chimique ne donne pas toujours des résultats concluants. D'autres méthdes de lutte efficaces existent et sont à privilégier pour limiter les impacts sur la santé humaine et l'environnement.

En 2004, un projet destiné à évaluer la faisabilité d’un programme de lutte contre le séneçon en arbre en Camargue a été initié par le Parc National Régional de Camargue (PNRC) et la Tour du Valat. Dans un premier temps les pieds du séneçon en arbre sont coupés à la base du tronc, puis les souches sont badigeonnagés avec un herbicide pour limiter les repousses dans la minute suivant la coupe (Gobierno Vasco, 2014 ; Charpentier et al. 2006a ; 2006b).

La pulvérisation foliaire ne peut s'envisager que pour les populations monospécifiques dans des sites peu sensibles écologiquement. Il faut éviter le débroussaillage juste avant l'intervention, sauf pour les individus de grande portée. Une alternative peut être le débroussaillage avant la floraison et un traitement foliaire l'année suivante, lorsque les repousses se sont produites (Gobierno Vasco, 2014).

Enfin, l'injection d'herbicides dans les troncs via des entailles ou des trous percés puis scellés peut également être possible. L'application de l'herbicide doit se faire dans les 30 secondes après les entailles, situées à moins de 50 cm du sol (Gobierno Vasco, 2014).


Le séneçon en arbre a fait l'objet de plusieurs essais de lutte biologique avec plus ou moins de succès depuis les années 70. Quelques 14 agents ont été testés en Australie mais aussi aux États-Unis, au Mexique et au Brésil. Trois agents, Rhopalomyia californica Felt, Hellensia balanotes (Meyrick) et la rouille Puccinia evadens, sont considérés comme exerçant un contrôle important sur le Séneçon en arbre. Deux autres agents, la chrysomèle Trirhabda bacharidis (Weber) et le foreur de tige Megacyllene mellyi (Chevrolat) peuvent être efficaces dans des zones très localisées (Palmer et al., 2010).

En France, en Camargue, 5 espèces de cochenilles dont Saissetia olea et Ceroplastes sinensis ont été identifiées sur Baccharis halmilifolia et peuvent représenter un intérêt en tant qu'agents de lutte biologique, malgré leur caractère polyphage (Dieudonné et al., 2014 ; Fried et al., 2013).


Dans les cas où cela est possible, l'inondation des terrains où se trouve le Baccharis halimifolia pendant les mois d'hiver donne de bons résultats (Gobierno Vasco, 2014).


Les traitements chimiques sont inappropriés dans des sites naturels protégés ou près des cours d'eau.

Le brûlage dirigé se révèle peu efficace voire contreproductif. Le Séneçon en arbre rejette de souche après le passage du feu et l’ouverture brutale du milieu favorise l’accumulation de graines dans le sol et la croissance des jeunes plants (Gobierno Vasco, 2014).


Les déchets issus des opérations d'arrachage doivent être entreposés de manière à ce que les racines ne soient pas en contact avec le sol. L'incinération est également possible.


Les traitements chimiques sont inappropriés dans des sites naturels protégés ou près des cours d'eau. Il est nécessaire de se tenir au courant de la législation en vigueur en matière d'utilisation des produits phytosanitaires : http://e-phy.agriculture.gouv.fr/


Le collectif Anti-baccharis préconise une action en deux étapes. Dans un premier temps, une coupe, un arrachage ou un broyage mécanique des arbustes avant la fin de la floraison. Dans un second temps, il s'agit de remettre en place soit une fauche annuelle, soit une gestion mixte de pâturage (bovins, ânes voire moutons selon le degré de salinité du milieu) avec une fauche annuelle ou tous les deux ans des rejets.

A titre d'exemple, la gestion du séneçon en arbre en Camargue a nécessité en temps 315 h/homme pour la Tour du Valat (TdV), 125 h/homme pour la Fédération Départementale des Groupes de Défense contre les Organismes Nuisibles (FDGDON) et 22 h/homme dans le Parc Naturel régional de Camargue (PNRC) (Charpentier et al., 2006b).

Espèce soumise à règlementation agricole : arrêté du 13 juillet 2010 relatif aux règles de bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE).



Sources bibliographiques

Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse, juin 2016. Savoirs et savoir-faire sur les populations exotiques envahissantes végétales et animales et préconisations pour la mise en oeuvre des SDAGE, Volume 4 : fiches pratiques pour la mise en oeuvre des plans d'actions contre la dispersion des espèces exotiques envahissantes. Agence de l'Eau RMC, Bassins Rhône Méditerannée et de Corse, 130 p.

Agence Régionale pour l'Environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur, 2009. Plantes Envahissantes. ARPE PACA. 112 p.

AME & CBNMed, 2003. Plantes Envahissantes de la Région Méditerranéenne. Agence méditerranéenne de l'environnement. Agence régionale pour l'environnement PACA. 48 p.

Campos, J.A., Herrera, M., Biurrun, I. & Loidi, J. 2004. The role of alien plants in the natural coastal vegetation in central-northern Spain. Biodiversity and Conservation, 13: 2275-2293.

Charpentier A., Thompson J., Claeys-Mekdade C., Picon B. & Thibaut M. 2006a. Invasion de plantes ornementales : modalités d'introduction et mécanismes biologiques déclenchant l'invasion de Baccharis halimifolia et Cortaderia selloana. pp 151-156. Colloque de Restitution du programme INVABIO, 17 & 19 octobre 2006, Moliets (Landes), France.

Charpentier A., Riou K., Thibault M. 2006b. Bilan de la campagne de contrôle de l'expansion de Baccharis halimifolia menée dans le Parc naturel régional de Camargue (PNRC) en automne 2004 et 2005. Rapport du Parc naturel régional de Camargue 14 p.

Collectif Anti-baccharis. Comment lutter efficacement contre le baccharis. [En ligne] http://collectif-anti-baccharis.org/la-lutte-en-pratique/ (Page consultée le 08/03/2016).

Desmots D. & Gendre N. 2007. Lutte contre le Baccharis sur la Réserve naturelle nationale des marais de Müllembourg : un exemple encourageant ! 13ème forum des gestionnaires, Espèces exotiques envahissantes une menace majeure pour la biodiversité, 16 mars 2007, ATEN, Muséum National d'Histoire Naturelle, Paris, France.

Dieudonné C., Croce N. & Sforza R.F.H. 2014. Les cochenilles anges et démons ? AFPP – Dixième conférence internationale sur les ravageurs en agriculture, Montpellier, 22 & 23 octobre 2014.

EPPO, 2013. Pest risk analysis for Baccharis halimifolia. European and mediterranean Plant Protection Organization, Paris. Available at http://www.eppo.int/QUARANTINE/Pest_Risk_Analysis/PRA_intro.htm

FCBN, 2010. Baccharis halimifolia L. Fédération des Conservatoires Botanique Nationaux. 6 p.

Fédération Nationale des Travaux Publics, MNHN, GRDF et ENGIE Lab CRIGEN. 2016. Guide d’identification et de gestion des Espèces Végétales Exotiques Envahissantes sur les chantiers de Travaux Publics. Stratégie nationale pour la biodiversité. 44 p.

Filippi, O., Aronson, J. 2010. Plantes invasives en région méditerranéenne : quelles restrictions d'utilisation préconiser pour les jardins et les espaces verts ? Ecologia Mediterranea 36 (2): 31-54.

Fried, G. 2012. Guide des plantes invasives. Belin, Paris. 272 p.

Fried, G., Balmès, V., & Germain, J. F. 2013. A contribution to the inventory and study of the impacts of phytophagous insects found on Baccharis halimifolia in its introduced range in France. EPPO Bulletin, 43(2): 285-289.

Fried, g., Caño, L., Brunel, S., Beteta, E., Charpentier, A., Herrera, M., Starfinger, U. & Panetta, F. D. 2016. Monographs on Invasive Plants in Europe: Baccharis halimifolia L., Botany Letters. DOI10.1080/23818107.2016.1168315

Fried, G., Laitung, B., Pierre, C., Chagué, N., Panetta, F. D. 2014. Impact of invasive plants in Mediterranean habitats: disentangling the effects of characteristics of invaders and recipient communities. Biol. Invasions, 16(8): 1639-1658.

Gillet H., Petillat M., Durieux F. & Eonnet J. 2006. Lutte contre l'extension du Baccharis en presqu'ile guérandaise : efficacité des débroussaillants et risques écotoxicologiques engendrés vis à vis de l'écosystème marais salant. Conférence sur l'entretien des espaces verts, jardins, gazons, forêts, zones aquatiques et autres zones non agricoles, 11 & 12 octobre 2006, Association Française de Protection des Plantes, Avignon, France.

Gobierno Vasco, Departamento de Medio Ambiante y Politica Territorial, 2014. Manuel de gestion de Baccharis halimifolia, Ihobe ed., 118 p.

Granereau G. 2014. Test d’un levier d’arrachage du Baccharis sur le site Natura 2000 des dunes littorales landaises. Rapport de l'ONF, 7 p.

Muller, S. (coord). 2004. Plantes invasives en France: état des connaissances et propositions d'actions. Collections Patrimoines Naturels (Vol. 62), Publications Scientifiques du Muséum national d'histoire naturelle, Paris. 168 p.

Palmer, W. A., Heard, T. A., & Sheppard, A. W. 2010. A review of Australian classical biological control of weeds programs and research activities over the past 12 years. Biological Control, 52(3): 271-287.

Riou, K. 2006. Etude de l'invasion de Baccharis halimifolia dans le Parc naturel régional de Camargue - Bilan de la campagne de contrôle menée en 2004 et 2005. Tour du Valat & Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, Arles & Montpellier, France. 34 p.



Photos

Dernière modification le 06/09/2017