Espèces végétales exotiques envahissantes

Eichhornia crassipes (Mart.) Solms, 1883
Nom(s) vernaculaire(s)Jacinthe d'eau
FamillePontederiaceae
OrigineAmérique du sud
Date d’introduction1930 (Portugal)
Statut PACAAlerte
Statut LRAlerte
Statut domaine méditerranéenAlerte
Statut domaine alpinAbsente
Carte de répartition (par maille de 10*10km)

Description

  • Port : plante aquatique flottante (enracinée au moment de la floraison) stolonifère. Comportement d'annuelle en France à cause des hivers trop froids mais qui pourrait cependant survivre localement à la mauvaise saison grâce à des parties immergées (rhizome).

  • Feuille : rondes à ovales, luisantes, glabres et épaisses, disposées en rosette, elles mesurent jusqu’à 40 cm de long. Elles possèdent un long pétiole renflé en vessie à la base.

  • Tige : de 30 à 50 cm de hauteur, portant à son extrémité un unique épi. Le rhizome (partie souterraine) peut mesurer jusqu'à 30 cm de long et 6 cm de diamètre.

  • Fleur : 6 pétales bleu violacé à rosâtre, avec une tâche jaune sur le pétale supérieur. Fleurs à 6 étamines. Les fleurs sont groupées par 8 à 15 en un unique épi. Plante monoïque (fleurs mâles et fleurs femelles sur le même pied). Floraison de juin à octobre.

  • Taille : jusqu’à 50 cm de haut.

  • Confusions possibles : avec Heteranthera limosa et H. reniformis, qui se distinguent par l'absence de pétiole renflé, et par la présence de 3 étamines.



Biologie et écologie
Milieux : eaux courantes ou stagnantes ; berges et ripisylves ; marais, tourbières, tufières.

Reproduction sexuée et végétative.
Dissémination des graines par : hydrochorie ; zoochorie ; anthropochorie.
Multiplication végétative par : marcottage.

La jacinthe d’eau est une espèce monoïque qui pratique principalement la reproduction végétative, mais aussi la reproduction sexuée. La pollinisation est notamment réalisée par les abeilles. Chaque plante peut produire jusqu’à 5 000 graines, qui peuvent rester viables jusqu'à 20 ans dans le sédiment. La reproduction végétative, quant à elle, s’effectue par les stolons. Les graines ou les jeunes clones sont ensuite disséminés par l’eau, les animaux ou l’homme (engins de navigation, entretien des voies fluviales).



Impacts et aspects positifs

D'après la bibliographie : Eichhornia crassipes forme des peuplements très denses qui empêchent le passage de la lumière et les échanges gazeux, entrent en putréfaction et créent des conditions anaérobiques. Sa présence provoque une augmentation des pertes d’eau à travers l’évapotranspiration, une altération physico-­chimique du milieu, une eutrophisation des eaux et une accélération de la sédimentation. Les tapis de jacinthe d'eau monopolisent la lumière et les nutriments de la colonne d'eau, ce qui empêche la croissance des autres macrophytes et du phytoplancton. Les études divergent sur les impacts de la jacinthe d'eau sur les communautés d'invertébrés et de poissons : certaines montrent que la jacinthe d'eau réduit leurs populations, et d'autres qu'elle augmente leur abondance et leur diversité en créant de nouveaux habitats. Les communautés d'oiseaux aquatiques sont favorisées lorsque leurs proies (poissons et invertébrées) le sont. Il semblerait qu'il existe un seuil à partir duquel le recouvrement par la jacinthe d'eau a un effet négatif sur les communautés animales. Par ailleurs, la jacinthe d'eau favorise certaines espèces invasives (notamment la tortue de Floride).


D'après la bibliographie : Certaines espèces de larves de moustique prospèrent dans l’environnement créé par la présence de la jacinthe d’eau. Une corrélation entre la bilharziose et la jacinthe d’eau a été établie. Le type brughian de la filariose, responsable de la filariose lymphatique en Afrique du Sud a été entièrement lié à la présence de la jacinthe (Dagno et al., 2007).


D'après la bibliographie : Eichhornia crassipes a un impact sur la qualité de l'eau potable, elle nuit aux activités nautiques (navigation et pêche) et à l'agriculture, en particulier la riziculture et la production piscicole. La jacinthe d'eau est considérée comme l'une des plantes aquatiques les plus invasives du monde, elle est présente dans une centaine de pays. Elle est particulièrement invasive en Asie du sud-est, dans le sud-est des États-Unis, en Afrique centrale et de l'ouest, et en Amérique centrale (EPPO, 2008 ; Villamagna & Murphy, 2010).


D'après la bibliographie : Lorsque la jacinthe d'eau ne dépasse pas un certain recouvrement, elle constitue un bon habitat pour certaines espèces d'invertébrés et de poissons (Villamagna & Murphy, 2010). La jacinthe d'eau fait l'objet de nombreuses tentatives de valorisation, notamment comme compost, biofertilisant, aliment pour animaux, pour la phytoépuration (métaux lourds) et le traitement des eaux usées, pour la production de biogaz, mais aussi dans l'industrie du papier, les panneaux de construction, le briquetage du charbon de bois, l'industrie des meubles, la vannerie, les filets de pêche et les cordes. Cependant, la plupart de ces valorisations ne sont pas commercialement viables (EPPO, 2008 ; FCBN, 2009 ; Sotolu, 2013).



Gestion

Carte des actions réalisées sur 'Eichhornia crassipes (Mart.) Solms, 1883'
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Ne pas planter, ne pas rejeter dans le milieu naturel.

Il est recommandé de surveiller, d'éradiquer et de confiner cette espèce.

Les stratégies de contrôle doivent être ajustées au cas par cas en fonction de la densité de la station.

La surface de l'eau devrait être surveillée, et une attention particulière doit être portée le long du rivage et de la végétation.

Le contrôle manuel peut être fait à l'aide de fourches. Cette technique permet un contrôle de la prolifération de la plante à court terme. Elle est cependant coûteuse en main ­d’œuvre (Dagno et al., 2007).


La lutte mécanique ne permet pas d'éradiquer la jacinthe d'eau, mais de réduire sa biomasse à des niveaux d'impacts écologiques et économiques acceptables (Villamagna & Murphy, 2010). Elle doit être accompagnée de la pose d'un filet, du ramassage des fragments et du nettoyage des engins pour empêcher la plante de se propager d'avantage. Cette méthode est également utilisée pour empêcher la plante de pénétrer dans certaines zones, par exemple pour empêcher le colmatage approvisionnant en eau les turbines hydroélectriques.

L'accessibilité et l'éloignement de nombreuses infestations rend la lutte mécanique difficile. Le traitement doit commencer au début de la saison de croissance et continuer aussi longtemps que la repousse est observée. La lutte mécanique est la mesure de traitement la plus efficace pour l'éradication.

Cependant, cette méthode contribue à la dispersion de la jacinthe d’eau à travers les fragments de la plante délaissés dans l’eau après le ramassage si le chantier n'est pas sécurisé en conséquence. Il est de plus difficile d’utiliser des engins dans les eaux profondes (Harley et al., 1997).


L'utilisation de produits phytosanitaires est interdite en France dans les zones humides ou aquatiques.


La lutte biologique est considérée comme la seule méthode efficace pour lutter contre la jacinthe d'eau en zone tropicale. Cependant, ces méthodes semblent moins efficaces dans les zones tempérées (EPPO, 2009).

La lutte biologique contre la jacinthe s’est développée dans les années 1960 par l’importation d’insectes à partir du bassin amazonien du Brésil. Cette lutte est basée sur l’utilisation des ennemis naturels de la plante dans le but de créer une pression permanente sur elle. Une centaine d’espèces d’insectes comprenant des Lépidoptères, Coléoptères, Hémiptères, Dermaptères et Orthoptères a été relevée sur la jacinthe (Gopal, 1987). Parmi celles-ci, une douzaine d’espèces s’est révélée capable de provoquer d’importants dommages foliaires dont cinq ont été utilisés avec succès dans la lutte biologique contre la jacinthe d'eau (FCBN, 2009). Aucun de ces agents de lutte biologique n'a été introduit en Europe.

Les espèces les plus utilisées dans le monde pour lutter contre la jacinthe d'eau sont les charançons Neochetina bruchi (relâché dans 30 pays) et Neochetina eichhorniae (relâché dans 27 pays), ainsi que la pyrale Niphograpta albiguttalis (relâché dans plus de 10 pays, établissement confirmé dans 6 pays). Ces 3 espèces sont les agents de lutte biologique les plus efficaces contre la jacinthe d'eau (Hill & Cilliers, 1999 ; Julien et al., 2001 ; Oberholzer, 2001 ; EPPO, 2009 ; Buchanan, 2013; Firehun et al., 2013; Firehun et al., 2015).

Lorsque la densité de population est élevée, la mite Orthogalumna terebrantis peut produire un grand nombre de galeries sur les feuilles de E. crassipes et endommager la plante, mais ne constitue pas un moyen d'éradication. Le miride Eccritotarsus catarinensis réduit la vigueur des jacinthes d'eau mais ne constitue pas un moyen d'éradication (Hill & Cilliers, 1999 ; Julien et al., 2001 ; Oberholzer, 2001; Coetzee et al., 2005; EPPO, 2009 ; Firehun et al., 2013 ; Marlin et al., 2013). D'autres études sont en cours pour relacher de nouveaux agents de lutte biologique, comme par exemple la sauterelle Cornops aquaticum en Afrique du sud (Bownes et al., 2013).

Les poissons herbivores tels que la carpe chinoise Ctenopharyngo idella, ainsi que les carpes Tilapia melanopleura et T. mossambica peuvent se nourrir de la jacinthe d'eau, cependant c'est une plante peu apétente (Dagno et al., 2007 ; Villamagna & Murphy, 2010). Plusieurs microorganismes et champingons pathogènes sont capables d'induire d’importantes lésions foliaires conduisant à la mort de la plante (Dagno et al., 2007 ; FCBN, 2009 ; Firehun et al., 2013).


Le contrôle hydrologique par la réduction du niveau des retenues d'eau pour dessécher E. crassipes est généralement limitée dans l'efficacité. Dans la plupart des situations, il est impossible d'enlever le grand volume d'eau nécessaire pour provoquer le dessèchement de la plante. Ensuite, les plantes doivent être collectées car elles survivent bien dans la boue.

La lutte intégrée comprend une combinaison de la lutte biologique, de l'enlèvement manuel et la gestion des éléments nutritifs qui entrent dans l'écosystème aquatique (Hill & Olckers, 2001).


Ne pas entreprendre une action sans suivi régulier.

L’utilisation d’herbicides est interdite en milieux aquatiques et à moins de 5 m d’un cours d’eau ou d’une zone de captage à cause des effets induits sur les écosystèmes aquatiques et sur la santé humaine. Depuis 2009 il n'existe plus aucun produit phytosanitaire homologué pour les milieux aquatiques.


Tous les rémanents doivent être évacués avec précaution.

La jacinthe d'eau étant constituée à plus de 90 % d'eau, les déchets peuvent être très lourds à transporter.


Le transport involontaire de semences ou parties végétatives de la reproduction à travers les courants d'eau, matériel de pêche, les machines et les bateaux doivent être évité.

Il est nécessaire de poser un filet avant d'entreprendre un chantier pour récupérer les fragments produits lors de l'arrachage.

Les engins et outils doivent faire l'objet d'un nettoyage avant de traiter la zone pour ne pas importer de nouvelles graines d'espèces exotiques et après les travaux pour ne pas les introduire vers d'autres lieux lors de futurs travaux.

Après avoir entrepris des actions de lutte, la zone doit être surveillée durant une vingtaine d'années (durée de vie des graines dans le sol).


Les traitements chimiques sont inappropriés dans des sites naturels protégés ou près des cours d'eau. Il est nécessaire de se tenir au courant de la législation en vigueur en matière d'utilisation des produits phytosanitaires : http://e-phy.agriculture.gouv.fr/

Aux Etats-Unis, les coûts de gestion de la jacinthe d'eau varient de 500 000 $/an en Californie à 3 millions $/an en Floride. En Espagne, l'enlèvement de 200 000 tonnes de jacinthe d'eau dans 75 km de rivière a coûté plus de 14 millions d'euros entre 2005 et 2008 (EPPO, 2008).

Il est important de ne pas prendre en compte uniquement les coûts des méthodes des lutte, mais également le temps de repousse après traitement : une méthode plus chère qu'une autre pour une application peut se révéler moins chère sur le long terme si elle induit une repousse plus tardive. Chaque méthode présente des avantages et des inconvénients, et le choix de la méthode doit se baser sur les conditions spécifiques du site, incluant la taille et la configuration spatiale de la zone, les variations climatiques saisonnières, les usages du plan d'eau et les contraintes budgétaires (Villamagna & Murphy, 2010).



Sources bibliographiques

ARPE & CBNMed, 2009. Plantes Envahissantes - Guide d'identification des principales espèces aquatiques et de berges en Provence et Languedoc. Agence régionale pour l'environnement PACA. 112 p.

Bousquet, D. 2016. "Au bénin, l'envahissante Jacinthe d'eau, devenue ressource pour les villageois" In  Tela botanica. [En ligne]. http://www.tela-botanica.org/actu/article7289.html?var_recherche=eichhornia+crassipes (Page consultée le 14/03/2016).

Bownes A., Hill M.P. & Byrne M.J. 2013. Nutrient-mediated effects on Cornops aquaticum Brüner (Orthoptera: Acrididae), a potential biological control agent of water hyacinth, Eichhornia crassipes (Mart.) Solms (Pontederiaceae). Biological Control, 67: 548–554.

Buchanan A.L. 2013. Damage by Neochetina Weevils (Coleoptera: Curculionidae) Induces Resistance in Eichhornia crassipes (Commelinales: Pontederiaceae). Florida Entomologist, 96: 458-462.

Coetzee J.A., Center T.D., Byrne M.J., Hill M.P. 2005. Impact of the biocontrol agent Eccritotarsus catarinensis, a sap-feeding mirid, on the competitive performance of waterhyacinth, Eichhornia crassipes. Biological Control, 32: 90–96.

Dagno K., Lahlali R., Friel D., Bajji M. & Jijakli M.H. 2007. Synthèse bibliographique : problématique de la jacinthe d’eau, Eichhornia crassipes, dans les régions tropicales et subtropicales du monde, notamment son éradication par la lutte biologique au moyen des phytopathogènes. Biotechnology, Agronomy, Society and Environment, 11: 299­-311.

EPPO (European and mediterranean Plant Protection Organization), 2008. Data sheets on quarantine pests. Fiches informatives sur les organismes de quarantaine. Eichhornia crassipes. Bulletin OEPP/EPPO, 38: 441-449.

EPPO (European and mediterranean Plant Protection Organization), 2009. National regulatory control systems. Systèmes de lutte nationaux réglementaires. Eichhornia crassipes. Bulletin OEPP/EPPO, 39: 460-464.

FCBN, 2009. Eichhornia crassipes (Mart.) Solms. Fédération des Conservatoires Botaniques Nationaux, 6 p. [En ligne] http://www.centrederessources-loirenature.com/home.php (Page consultée le 02/06/2016).

Firehun Y., Struik P. C., Lantinga E. A. & Taye T. 2013. Joint use of insects and fungal pathogens in the management of waterhyacinth (Eichhornia crassipes): Perspectives for Ethiopia. J. Aquat. Plant Manage., 51: 109–121.

Firehun Y., Struik P. C., Lantinga E. A. & Taye T. 2015. Adaptability of two weevils (Neochetina bruchi and Neochetina eichhorniae) with potential to control water hyacinth in the Rift Valley of Ethiopia. Crop Protection, 76: 75-82.

Fried, G. 2012. Guide des plantes invasives. Belin, Paris. 272 p.

Harley K.L.S., Julien M.H. & Wright A.D. 1997. Water Hyacinth: A tropical worldwide problem and methods for its control. Proceedings of the first meeting of the International Water Hyacinth Consortium, 18­19 March. Washington: World Bank.

Hill M.P., Cilliers C.J. 1999. A review of the arthropod natural enemies, and factors that influence their efficacy, in the biological control of water hyacinth, Eichhornia crassipes (Mart.) Solms­Laubach (Pontederiaceae), In, pp.103-­112, Biological Control of Weeds in South Africa (1990-­1998). African Entomology (Memoir No. 1) (Ed. Olckers T.& Hill MP.), Agricultural Research Council, Pretoria (ZA).

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Oberholzer H. 2001. Dossiers on biological control agents available to aid alien plant control. The Water Hyacinth Mirid (Eccritotarsus catarinensis), The Water Hyacinth Mite (Orthogalumna terebrantis), The Water Hyacinth Moth (Niphograpta albiguttalis), The Water Hyacinth Weevils (Neochetina eichhorniae and Neochetina bruchi). Agricultural Research Council, PPRI, Weeds Research Division, p. 18-21.

Sotolu A.O. 2013. Management and Utilization of Weed: Water Hyacinth (Eichhornia crassipes) for Improved Aquatic Resources. Journal of Fisheries and Aquatic Science, 8: 1-8.

Villamagna A.M. & Murphy B.R. 2010. Ecological and socio-economic impacts of invasive water hyacinth (Eichhornia crassipes): a review. Freshwater Biology, 55: 282–298.



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Dernière modification le 12/06/2017