Espèces végétales exotiques envahissantes

Elodea nuttallii (Planch.) H.St.John, 1920
Nom(s) vernaculaire(s)Élodée à feuilles étroites, Élodée de Nuttall
FamilleHydrocharitaceae
OrigineAmérique du nord
Date d’introduction1973
Statut PACAEmergente
Statut LREmergente
Statut domaine méditerranéenEmergente
Statut domaine alpinPrévention
Carte de répartition (par maille de 10*10km)

Description

  • Port : plante aquatique pérenne totalement immergée qui peut former des populations denses. C'est une espèce dioïque dont les plants observés en Europe sont surtout des pieds femelles.

  • Feuille : verticillées par 3, allongées, molles, finement denticulées, pâles et à extrémité pointue. Elles sont recourbées ou plus ou moins tire-bouchonnées. De 8 à 20 mm de long, elles sont 3,5 à 10 fois plus longues que larges.

  • Tige : longue, fine, fragile (elle se casse facilement). Les feuilles sont réparties sur toute la tige.

  • Fleur : blanches ou violet clair, peu visibles. Elles se développent à la surface de l’eau à l’extrémité d’un long pédoncule. Plante dioïque (pieds mâles et pieds femelles séparés). Floraison de juin à août.

  • Taille : de 20 cm à 1,5 m de long.

  • Confusions possibles : avec l'élodée du Canada (Elodea canadensis), qui a des feuilles plus petites (de 5 à 12 mm de long et 2,5 à 5 fois plus longues que larges), ovales, rigides et à bouts arrondis ; avec l'égéria (Egeria densa), qui a les feuilles verticillées par plus de 3 et de plus de 2 cm de long ; avec le lagarosiphon (Lagarosiphon major), qui a les feuilles alternes (caractère visible sur la partie inférieure de la tige) ; avec les naïades (Najas), qui ont les feuilles opposées (elles peuvent sembler verticillées) et des tiges à nombreuses ramifications dichotomiques.



Biologie et écologie
Milieux : eaux courantes ou stagnantes.

Reproduction sexuée et végétative.
Dissémination des graines par : anémochorie ; hydrochorie.
Multiplication végétative par : bouturage.

L'élodée à feuilles étroites est une espèce dioïque dont des pieds mâles et femelles ont été introduits en France, contrairement à l'élodée du Canada, où seuls des pieds femelles ont été observés. La propagation se fait principalement par fragmentation et bouturage des tiges, mais elle peut également produire des graines, bien que cette forme de reproduction soit peu observée. La dissémination des fragments de plante est effectuée par les courants, les oiseaux aquatiques et les activités humaines (activités nautiques, entretien des cours d'eau, rejets d'aquariums).



Impacts et aspects positifs

D'après la bibliographie : Les herbiers denses d'Elodea nuttalii menacent la flore aquatique indigène en monopolisant l’espace et les ressources en lumière. Ils peuvent ainsi contribuer localement à diminuer la diversité spécifique et accentuent le risque d'anoxie. Dépérissant en partie l’hiver, la plante accélère également la sédimentation des matières organiques et donc l’eutrophisation des eaux et l’envasement du milieu. Très compétitive dans les milieux riches en azote ammoniacal et en phosphore.


D'après la bibliographie : La prolifération d'Elodea nuttalii peut occasionner une gêne pour la pratique de la pêche et, dans une moindre mesure, entraver la navigation lorsque la plante s’enroule autour des hélices des bateaux. Elle peut également obstruer les tuyaux d’adduction des industries.


D'après la bibliographie : Elodea nuttalii constitue une très bonne ressource alimentaire pour l'avifaune aquatique herbivore et un excellent habitat pour les invertébrés. Elle est vendue comme plante d'aquarium aux vertus oxygénantes. Parmi les valorisations potentielles on trouve les agrocarburants, la carbonisation hydrothermale (piégeage du carbone), l'utilisation pharmaceutique (traitement contre l'hyperplasie) (Zenhsdorf et al., 2015).



Gestion

Carte des actions réalisées sur 'Elodea nuttallii (Planch.) H.St.John, 1920'
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Une intervention rapide permet de restreindre les moyens mis en place pour contrôler l’élodée à feuilles étroites : plus un foyer de colonisation est traité rapidement, moins il faudra mobiliser de ressources pour le gérer.

Maintenir une veille sur les secteurs gérés de manière à prévenir d’éventuelles repousses.

L'arrachage manuel : pour les herbiers de petite surface situés à faible profondeur, l’arrachage manuel constitue la méthode la plus précise pour s’assurer de l’élimination de toutes les parties de la plante. De plus, cette technique est la moins traumatisante pour le milieu naturel et présente un risque moindre de propagation de boutures.


L’assec permet de soumettre la plante à la dessiccation et entraîne théoriquement sa mort. Pour être efficace, il faut garantir l’absence d’humidité résiduelle des sédiments par une durée de dessiccation de plusieurs semaines. Le curage, réalisé avec des engins mécaniques, est un moyen radical de se débarrasser des herbiers à condition de s’être assuré d’avoir enlevé la totalité de la plante (parties aériennes et rhizomes). La combinaison de ces deux techniques peut aussi être envisagée : l’assec, même partiel, peut permettre une meilleure visibilité et donc une plus grande efficacité pour les travaux de curage.


L’élodée à feuilles étroites fait partie des espèces à appétence intermédiaire. Le gastéropode Lymna eastagnalis L. consomme la plante mais les fragments générés par le pâturage montrent de très bonnes capacités régénératrices. L’espèce possède des composés chimiques dans ses feuilles lui conférant une défense chimique contre certains herbivores (larves du lépidoptère herbivore généraliste Acentria ephemerella). Il semble intéressant de l’utiliser en complément d’autres techniques de contrôle.

Des poissons carassins (Carassius sp., communément appelés "poissons rouges") seraient responsables de l'élimination de l'élodée à feuilles étroites dans un lac des Pays-Bas (Zenhsdorf et al., 2015).


Le recouvrement du fond de l'eau avec une toile de jute biodégradable a été utilisée en Allemagne. Cette technique permet de réduire significativement la croissance et la propagation de l'élodée à feuilles étroites, cependant elle ne fonctionne pas sur le long terme (au bout d'un an, lorsque les toiles de jutes sont dégradées, les élodées reprennent des tailles et biomasses comparables à celles des zones contrôles) (Hoffmann et al., 2013).

L'option de laisser en l'état : il a été observé que de nombreuses populations d'élodées se sont effondrées sans raison particulière connue. Parfois les élodées sont remplacées par d'autres macrophytes aquatiques, parfois elles réapparaissent quelques années plus tard, parfois le milieu devient dominé par le phytoplancton. Les mécanismes restent inconnus (Zenhsdorf et al., 2015).


Des opérations de faucardage, répétées annuellement sur de grandes superficies, peuvent permettre de maintenir les activités nautiques estivales. Cependant, ce type d’action ne peut suffire à contrôler la prolifération des foyers et engendre de nombreux fragments qui constituent autant de boutures susceptibles de former des nouveaux foyers de colonisation. La survie des élodées n'est pas menacée sur le long terme. De plus, les méthodes mécaniques ont un impact direct sur les macrophytes indigènes (coupe, arrachage), et un impact indirect sur la faune : les herbiers d'élodées constituent un lieu de repos et de nourrissage pour plusieurs espèces indigènes de poissons et d'oiseaux (Zenhsdorf et al., 2015).

La réduction des nutriments présents dans l'eau (phosphore et azote) ne permet pas de réduire la biomasse des élodées (Zenhsdorf et al., 2015).

L’utilisation d’herbicides est interdite en milieux aquatiques et à moins de 5 m d’un cours d’eau ou d’une zone de captage à cause des effets induits sur les écosystèmes aquatiques et sur la santé humaine. Depuis 2009 il n'existe plus aucun produit phytosanitaire homologué pour les milieux aquatiques.


Les résidus de gestion doivent être séchés loin du cours d’eau sur un sol sec (survie des tiges arrachées disposées hors milieu aquatique de très courte durée et aucun risque d’apparition de forme terrestre).


Si l’arrachage manuel ou le curage est envisagé, il est impératif de protéger le chantier avec des « filtres » (grillages à maille 1x1 cm) pour éviter la contamination d’autres zones. Ces filtres seront à placer en priorité en aval de la zone d’intervention. Leur mise en place est soumise à déclaration et une autorisation est à demander au préalable de tout chantier auprès de la Direction Départementale des Territoires (et de la Mer).

Les machines doivent être soigneusement débarrassées de tous résidus.

Faire attention aux espèces indigènes qui peuvent être en mélange avec les élodées.


Les traitements chimiques sont inappropriés dans des sites naturels protégés ou près des cours d'eau. Il est nécessaire de se tenir au courant de la législation en vigueur en matière d'utilisation des produits phytosanitaires : http://e-phy.agriculture.gouv.fr/

Manche (2007) propose une estimation du coût de l’arrachage manuel. Il est de 1,4 à 4,5 € TTC/m² et de 800 à 1500 € TTC/tonne, selon les unités employées.



Sources bibliographiques

ARPE & CBNMed, 2009. Plantes Envahissantes - Guide d'identification des principales espèces aquatiques et de berges en Provence et Languedoc. Agence régionale pour l'environnement PACA. 112 p.

FCBN, 2012. Elodea nuttallii (Planchon) H. St John. Fédération des Conservatoires Botaniques Nationaux. 5 p.

Fried, G. 2012. Guide des plantes invasives. Belin, Paris. 272 p.

Haury, J., Hudin, S., Matrat, R., Anras, L. et al., 2010. Manuel de gestion des plantes exotiques envahissant les milieux aquatiques et les berges du bassin Loire-Bretagne. Fédération des conservatoires d'espaces naturels, 136 p.

Hoffmann, M.A., Benavent Gonzalez, A., Raeder, U., Melzer, A. 2013. Experimental weed control of Najas marina ssp. intermedia and Elodea nuttallii in lakes using biodegradable jute matting. J. Limnol., 72: 485-493.

Invabio, 2010. Elodea nuttallii (Planchon) St John, 1920 l’Elodée de Nuttall. [En ligne] http://www.invabio.fr/ (Page consultée le 31 mai 2016).

Levy, V. (coord.), Watterlot, W., Buchet, J., Toussaint, B. & Hauguel J.-C., 2015. Plantes exotiques envahissantes du Nord-Ouest de la France : 30 fiches de reconnaissance et d’aide à la gestion. Centre régional de phytosociologie agréé Conservatoire botanique national de Bailleul, Bailleul. 140 p.

Manche, C. 2007. Les espèces exotiques envahissantes susceptibles de proliférer dans les milieux aquatiques et les zones humides sur le territoire du SAGE Authion - Guide pratique. Rapport de Master 2 professionnel, Tours, François Rabelais. 73 p.

Mouronval, J.B., Baudouin, S. 2010. Plantes aquatiques de Camargue et de Crau. Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, Paris. 120 p.

Muller, S. (coord). 2004. Plantes invasives en France: état des connaissances et propositions d'actions. Collections Patrimoines Naturels (Vol. 62), Publications Scientifiques du Muséum national d'histoire naturelle, Paris. 168 p.

Weber, E. 2003. Invasive plant species of the world – a reference guided to environmental weeds. CABI Publishing. Wallingford, UK, 548 p.

Zehnsdorf, A., Hussnerb, A., Eismannc, F., Rönicked, H. & Melzer, A. 2015. Management options of invasive Elodea nuttallii and Elodea canadensis. Limnologica, 51: 110–117.



Photos

Dernière modification le 12/06/2017