Protocoles d’analyses de risque

De nombreux pays ont élaboré un protocole permettant d’évaluer le risque qu’une espèce végétale exotique devienne envahissante sur leur territoire. Ces protocoles ou analyses de risque prennent en considération de nombreux critères portant, par exemple, sur la biologie, l’écologie, les comportements actuel et futur (sur la base de modèles) de l’espèce dans le territoire d’introduction, sa répartition à l’échelle mondiale, ses impacts négatifs sur la biodiversité, l’économie et la santé humaine, etc... Le règlement européen relatif aux EVEE énumère précisément les critères qui doivent désormais être pris en compte et être communs à tous les protocoles ou analyses de risque qui seront effectués pour identifier les espèces végétales exotiques envahissantes prioritaires à l’échelle de l’Europe et pour chaque Etat membre. Ces critères doivent  respecter « les accords pertinents de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) » et « se fonder sur les normes nationales et internationales existantes et porter sur différents aspects des caractéristiques des espèces, ainsi que sur le risque et les modes d'introduction dans l'Union, les effets néfastes des espèces concernées du point de vue social et économique, et sur le plan de la biodiversité, les avantages potentiels de leur exploitation et le rapport entre le coût des mesures destinées à en limiter l'incidence et celui de leurs effets néfastes, ainsi que sur une évaluation des coûts potentiels du préjudice environnemental, économique et social, de manière à en démontrer l'importance pour l'Union et à justifier ainsi la nécessité de prendre des mesures ».

Actuellement trois protocoles sont régulièrement utilisés à l’échelle européenne pour analyser le risque des EVEE. Il s’agit du protocole Belge AlterIAS, du protocole de Weber & Gut (2004) et du protocole ARP de l’OEPP.

Protocole ARP de l'OEPP

Protocole permettant de prioriser les plantes exotiques envahissantes en vue d’effectuer une analyse du risque phytosanitaire (ARP) pour celles qui sont les plus prioritaires (OEPP (Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes).

L’ARP suit la norme internationale (n° 11) pour les mesures phytosanitaires de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV) et est conforme aux accords de l’OMC. Elle peut s’appliquer aux plantes, animaux (insectes), bactéries et virus. Elle identifie et cible les voies d’introduction et de propagation des espèces cibles. Une évaluation qualitative est effectuée pour chaque question en se basant sur cinq niveaux de risques (très faible, faible, modéré, élevé, très élevé). Un certificat phytosanitaire peut être délivré, sous certaines conditions, pour certaines espèces afin de permettre le transit d’une espèce depuis un ou plusieurs pays d’où l’espèce est exportée jusqu’au pays où l’espèce est importée. Cette analyse est cependant très longue à effectuer.

Protocole Belge ISEIA (Invasive Species Environnemental Impact Assesment)

Ce protocole s’applique à toutes les espèces exotiques envahissantes présentes en Belgique ou dans les pays voisins. Il prend en compte les milieux terrestres, aquatiques et marins. C’est un protocole qui hiérarchise les espèces en vue de prioriser la gestion des EVEE en Belgique. Il tient compte de l’avis d’experts scientifiques et de la bibliographie scientifique pour évaluer les impacts négatifs sur la biodiversité. Il se base sur quatre critères qui sont : (1) le potentiel de dispersion ou d’envahissement de l’espèce, (2) la potentialité de l’espèce à  coloniser des habitats à forte valeur patrimoniale, (3) les impacts négatifs de l’espèce sur les espèces indigènes et (4) les impacts négatifs sur le fonctionnement des écosystèmes. Un score final est attribué à chaque espèce analysée. Ce score évalue le degré d’impact négatif environnemental de l’espèce en Belgique. Ce score est ensuite croisé avec le stade d’invasion de l’espèce en Belgique pour obtenir, au final, un niveau de priorité de gestion de l’espèce.

Protocole de Weber et Gut (2004)

Ce protocole est une série de questions portant sur la biologie, l’écologie, la correspondance climatique entre le territoire d’origine et le territoire d’introduction considéré, la phylogénie de l’espèce (appartenance à une famille ou à un genre connus pour être envahissants), son histoire (si elle est considérée comme envahissante ailleurs), sa distribution géographique, les milieux qu’elle colonise et la densité de ses populations. Il a l’avantage d’être rapidement mis en œuvre sur une espèce mais les réponses peuvent varier selon les examinateurs et les sources d’informations qui doivent être bien définies au préalable.