Programmes en cours

Plan de lutte contre une plante exotique envahissante émergente
l'herbe à alligator Alternanthera philoxeroides

 

 

 

 

 

 

 

 

Impacts

L’herbe à alligator est originaire des régions tempérées d’Amérique du sud. Elle est maintenant envahissante et cause des impacts importants à travers les régions tropicales et tempérées du globe comprenant les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le sud-est de l’Asie et la Nouvelle-Zélande. Sa croissance importante peut nuire à la biodiversité des écosystèmes vulnérables en excluant la croissance d'autres plantes. Les mattes épaisses forment des peuplements monospécifiques entraînant une banalisation des habitats naturels envahis et une homogénéisation du paysage. Elle peut gêner les activités nautiques et sa forme terrestre peut causer la dégradation des terres agricoles et des pâturages.

Habitats

L’herbe à alligator est capable de se développer à la fois dans les milieux aquatiques et terrestres. Elle tolère des eaux saumâtres (de 10% de salinité, jusqu’à 30% dans les milieux aquatiques courants) et prospère dans les eaux eutrophes. Les habitats terrestres idéaux sont des milieux régulièrement inondés, irrigués, ou qui subissent d’importantes précipitations. Elle est présente sous les climats tropicaux et tempérés où les quelques tiges et rhizomes qui survivent durant l’hiver se régénèrent durant les mois les plus chauds. On peut la trouver dans les rivières à débit lent, les canaux d’irrigation et les rives des cours d’eau, dans les étangs, lacs, estuaires et zones humides. Sa forme terrestre peut se développer dans les pâturages et les terres irriguées.

Contexte

La première observation de l’herbe à alligator, Alternanthera philoxeroides, a été faite en 2013 par le bureau d’étude Aquascope. Elle est située sur l’Ouvèze, à Sorgues (Vaucluse). La station s’étend sur près de 300 mètres de linéaire et sur une surface de plus de 1000 m². La situation de la station, à 3 km en amont de la confluence avec le Rhône, rend le risque de dispersion dans le Rhône important. Le fort recouvrement de la population d’Alternanthera philoxeroides de l’Ouvèze et le fait que ce soit la seule station connue de PACA en font une espèce végétale exotique envahissante (EVEE) émergente. La stratégie régionale PACA cible la catégorie émergente comme prioritaire pour les actions de gestion. En effet, des résultats significatifs (c. a. d. éradication totale de la population) peuvent être obtenus avec relativement peu de moyens dans un telle configuration avec une unique station.

Afin de mobiliser les acteurs concernés pour mettre en œuvre une opération d’éradication de la population d’herbe à alligator, le Conservatoire botanique national méditerranéen de Porquerolles (CBNMed) a mobilisé les acteurs concernés et alimenté de nombreux échanges. Les différents scénarios possibles d’éradication ont été évoqués, cependant les particularités du site rendent une opération d’éradication compliquée. Il a donc été proposé de réaliser une expérimentation d’arrachage manuel dès 2016 afin de déterminer si cette méthode pourrait être employée pour éradiquer la totalité de la station. Le CBNMed coordonne ce projet et la DREAL PACA a financé la première année d’expérimentation. L’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA), le SMOP, le CEN PACA, la Fédération de pêche du Vaucluse et le lycée professionnel agricole La Ricarde sont partenaires de cette opération.

Surveillance

La probabilité que l’espèce se soit propagée ailleurs a été soulevée à plusieurs reprises. Découverte en 2013, la plante a pu se bouturer et s’enraciner ailleurs. De plus, l’origine de l’introduction de la station ne peut pas être identifiée de façon certaine. Il apparaît donc indispensable de prospecter en amont et en aval de la population à la recherche d’éventuelles autres stations. Leur découverte rapide est nécessaire pour pouvoir les arracher immédiatement. Dans ce but, une journée de formation a été organisée par le CBNMed et l’ONEMA afin d’informer les techniciens des structures gestionnaires de cours d’eau. Une fiche de reconnaissance de l’espèce a été distribuée au format papier et la version informatique a été envoyée à plus large échelle. Il a été souligné, lors de cette formation, l’importance d’être vigilant pour reconnaître l’herbe à alligator et informer le CBNMed en cas de découverte. La surveillance peut se faire à la fois dans le cadre des missions internes des différents acteurs et par l'organisation de prospections ciblées.

Expérimentation

La méthode utilisée est l’arrachage manuel. Trois modalités différentes sont testées afin de comparer leur efficacité :

  • un passage en été ;
  • deux passages, un au printemps et un en été ;
  • un passage en été puis pose d’une bâche.

Préalablement à l’arrachage un filet est posé afin d’empêcher la dispersion des fragments arrachés. Deux opérateurs sont équipés d’une épuisette pour récupérer les fragments dans le filet afin d’empêcher qu’il soit surchargé et que des fragments passent au-dessus. L’arrachage se fait sur toute la largeur de la station. Pour chaque modalité, 5 m de linéaire de berge sont arrachés, avec 2 m de tampon entre chaque. Les pieds en situation aquatique sont arrachachés manuellement, depuis l’eau, par des personnes équipées de waders. Sur la berge, en plus de l’arrachage directement à la main, une partie du système rhizomateux souterrain est enlevée en décaissant superficiellement le sol (sur environ 10 cm de profondeur) à l’aide d’une pioche. L’ensemble des fragments arrachés est ensuite retiré (beaucoup de terre est ainsi évacuée avec les rhizomes). Les plantes arrachées sont ensuite exportées vers une plateforme de stockage pour les faire sécher (par l’entreprise RMB Bucchi basée à Sorgues). Ils seront ensuite soit incinérés, soit envoyés vers une plateforme de compostage s’il a été montré qu’ils ne produisent pas de graines (ou des graines non viables).

Ces tests visent à évaluer l’efficacité de l’arrachage manuel dans le contexte d’herbiers enracinés dans un enrochement et sur une berge. Les tests ont débutés en juin 2016 par un premier arrachage. Il est indispensable de poursuivre les tests sur plusieurs années pour en tirer des résultats, notamment sur la fréquence, la périodicité et les moyens à mettre en œuvre pour cet arrachage manuel, et ainsi proposer des mesures de gestion adéquates.

A télécharger :

Note d'alerte